Biographie

En 1972, l’une des deux filles de Pierre Martelanche, alors âgée de 83 ans, dicta une biographie de son père. Ces huit pages précieuses, tapées à la machine, nous permettent de mieux se figurer quelles motivations étaient à l’œuvre dans le travail du sculpteur-vigneron.

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Pierre Martelanche naît à Saint-Romain-la-Motte en 1849. Âgé de 16 ans, il part entretenir le jardin d’une maison bourgeoise de Saint-Germain-Lespinasse, où il montre déjà un caractère débrouillard dans l’apprentissage d’un métier qu’il ne connaît pas. Sa rigueur l’amène à exercer diverses fonctions au sein de la propriété, dont celle de cocher. C’est à cette époque qu’il accompagne, le temps des trajets, des figures politiques telle que le Duc de Persigny, alors ministre de Napoléon et président du Conseil général de la Loire.

À 20 ans, son service militaire se poursuit avec la guerre de 1870, l’évènement de la capitulation de Paris et plus localement la résistance de l’Armée de la Loire. Revenu deux ans plus tard des horreurs de la guerre, il reprend aussitôt le travail qu’il avait laissé, avant de prendre son indépendance à 28 ans, en faisant l’acquisition d’une parcelle de bois sur laquelle il bâtit sa demeure pour établir un foyer, faisant toujours preuve d’une grande ingéniosité dans ses travaux.

Ce n’est qu’à 51 ans, lors d’une veillée de 1900, nettoyant alors la glaise de ses sabots, que sa fille de dix ans lui demande de modeler un vase pour ses fleurs. Geste fondateur. Le lendemain, avec cette même argile recueillie sous ses sabots, il fit une tête de femme, puis une autre, puis leurs corps, … Il ne s’arrêtera plus, jusqu’à sa mort en 1923, de façonner des personnages allégoriques, des colonnes, des tours, des bas-reliefs, et de tracer sur plaques d’argile de fiévreuses déclarations d’amour à la République, aux droits de l’Homme, à la Laïcité, au Progrès… De représenter ses idées par des sujets en terre.

Photo ancienne

Une double fêlure se lit dans les œuvres de l’autodidacte aussi bien que dans sa vie : une cruelle conscience de son manque d’instruction, ainsi que l’expérience terrible de la guerre. L’absurdité de cette débâcle l’a traversée comme le tranchant d’une baïonnette. Il veut dire à son entourage, à ceux qui sont capables d’attention, que la violence des conflits est le mal absolu et que seule la paix génère le progrès. Le moyen le plus pénétrant pour ne plus reproduire les erreurs du passé étant une solide éducation, suffisamment émancipatrice pour que cesse toute forme de domination. Le constat de la guerre et l’éducation pour tous s’articulent ainsi dans la pensée de Pierre Martelanche pour vaincre les injustices.

C’est dans ce sens qu’il ne se prend ni pour un créateur, ni pour un esprit visionnaire et génial : est visé simplement un rôle éducateur. Il bâtit un projet à l’intention de la jeunesse afin qu’elle ne pâtisse pas, comme lui, d’un défaut d’éducation ou des guerres.
C’est dans cette dynamique que le vigneron humaniste Martelanche se lance dans un patient plaidoyer en faveur de l’école pour tous, et surtout pour les filles, avec cette idée fixe que les guerres cesseront lorsque les femmes seront passées dans leur jeunesse par les bancs et les valeurs de école. Nous comprenons pourquoi des monuments en terre cuite sont érigés aussi bien à la gloire de la Paix, qu’à l’arbre de la connaissance, ou qu’aux grandes figures républicaines ; une incitation sans borne à résoudre incessamment les conflits qui nuisent à l’avenir.

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