De l’art brut ?

Comment désigner et classer l’œuvre de Pierre Martelanche ?

Dans la famille de l’Art Brut ? Sans aucun doute, elle en est proche. Laurent Danchin, conseiller de la collection d’art brut de Lausanne et correspondant de la revue d’art Raw Vision, venu à son tour découvrir le site, qualifie Martelanche « d’autodidacte éclairé ». Mais si l’on souhaite aller plus loin dans la qualification artistique du corpus de terre cuite, il nous apparaît vite qu’une foule de termes assez équivoques existe pour qualifier les créations des autodidactes :

L’art « brut », forgé par Jean Dubuffet, décrit sans pour autant la définir formellement une conception de l’art engagée socialement et politiquement, prenant son sens face à une culture dominante qui a tendance à uniformiser les expériences esthétiques. Un art plus solitaire et spontané, qui ne passe pas par l’industrie du raffinage culturel ou par une attente de reconnaissance sociale, et dont l’intention ne vient pas de la tête (démarche intellectuelle) mais du ventre (nécessité existentielle).

L’art « singulier » (ou « hors-les-normes », « Neuve Invention », « Création franche ») prend la suite historique de l’art brut en élargissant son champ : il s’agit toujours d’une distanciation avec l’art officiel, mais dont le caractère marginal est moins radical que celui de l’art brut, qui rêvait d’artistes « indemnes de culture ».

L’art « naïf » est lui aussi un art des artistes non-professionnels, mais il a davantage l’intention d’être reconnu par le monde de l’art (et par là s’éloigne des aspects politiques et contestataires de l’art brut). Pour prétendre aux galeries et musées, il use donc de sujets et de techniques souvent traditionnels.

L’art « outsider« , finalement, élargit au maximum la définition de l’art brut en ne retenant que le positionnement marginal vis-à-vis des insiders, des productions culturelles de masses, policées. Une création d’autodidactes, le plus souvent originaires de milieux populaires, mais qui recouvre une grande diversité artistique.

Le vigneron roannais composa ses pièces sans formation aucune, et était privé, à son éternel regret, des bienfaits de l’éducation intellectuelle et artistique. De plus, il était habité par une force intérieure, une foi « laïque » qui le poussa, vingt ans durant, à modeler la terre. Il fut néanmoins dirigé par une opiniâtre lucidité face au monde qui l’entourait (se dégageant ainsi de l’image de l’artiste marginal, hors-du-monde) et par la volonté de transmettre aux décennies à venir des idées forgées dans l’expérience de la guerre. L’autodidacte échappe à la définition restreinte de l’art brut dans la mesure où son art n’est pas une introspection du sujet, un monde intérieur qui ne doit se lire qu’à partir de son existence : en réalité il est éminemment tourné vers l’extérieur. Pour ces raisons, la définition que donne Laurent Danchin à l’art brut convie Pierre Martelanche parmi les siens : « Une forme non savante mais puissamment inspirée de la création d’art ».

Notons que la volonté de reproduire, à son échelle, les codes institués de la culture (avec l’appellation modeste de « Petit Musée » par exemple), ou les sujets allégoriques empruntés à l’art classique (symboliques républicaines, allégories féminines) font également glisser Pierre Martelanche du côté de l’art naïf.

« Chef d’œuvre », « joyau », « pépite » ou « trésor », ce mots mettent l’accent sur l’extrême rareté de rencontrer, dans ces champs marginaux de la création, des productions en terre cuite. Ce fait mérite d’être souligné car Pierre Martelanche n’a pas été découragé par la difficulté de faire des pièces cuites (avec des détails très fins parfois, sans les casser), et s’est efforcé d’acquérir des techniques qu’à l’origine il ne maîtrisait absolument pas. Comparé au volumineux palais du Facteur Cheval, le musée de Pierre Martelanche apparaît comme un petit pavillon. En revanche, ses dimensions esthétiques et allégoriques, ainsi que l’engagement de l’auteur dans l’embellissement de la vie grâce à l’art, confèrent à ce travail une valeur exceptionnelle. Un travail désormais en grand péril, que vous pouvez accompagner vers un avenir animé, riche de rencontres et de découvertes. C’est par Ici !

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