Historique de la mise à jour d’une pépite (2/3)

Ce deuxième billet décrit une période charnière : l’attente de réponses institutionnelles et l’élaboration d’un projet muséal à la hauteur des qualités artistiques et sociales de l’œuvre du sculpteur-vigneron.

À la fin de l’année 2011, la question cruciale est donc de trouver comment sauver ce petit chef-d’œuvre en grand péril. À partir de cet instant, la question ne cessera de hanter les investigateurs culturels et les descendants de Pierre Martelanche. Les constructions en terre cuite, les tours de Babel et autres sculptures ont résisté tant bien que mal à près d’un siècle, mais les prochains froids ou orages violents risquent de leur être fatals. C’est sûr : la région de la Côte Roannaise tient là une authentique « pépite », susceptible d’attirer un public d’amateurs et de curieux éclairés, disséminés dans la France entière et à l’étranger. Il n’y a plus un hiver à perdre ! Il convient de s’agiter dans la plus grande discrétion afin de ne pas exposer non plus le Petit musée à des actes de pillage.

Une chaîne de compétences se constitue. Madame Laure Déroche, Maire de Roanne, est aussitôt prévenue. Elle permet d’alerter Christian Chavassieux, Conservateur au Musée Déchelette de Roanne, qui conseille de demander le diagnostic d’Anne Carcelles, Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Loire, qui, elle-même, avoue son étonnement devant ce patrimoine caché et recommande d’en faire part à la DRAC Rhône-Alpes. Jean Bartholin, Président de la Communauté de Communes, Conseiller général de la Côte Roannaise, et initiateur de cet audit culturel sous forme de voyage littéraire, est subjugué par la grande actualité des messages humanistes de Pierre Martelanche. Un dossier est déposé à la DRAC dès juillet 2011. La réponse, signée par madame Marie Bardisa, Conservateur Régional des Monuments Historiques, confirme sans attendre l’intérêt d’une conservation de ce patrimoine.

Le 2 décembre 2011, paraît le livre de Jean-Yves Loude, « Voyage avec mes ânes en Côte Roannaise », aux éditions Jean-Pierre Huguet. Le chapitre consacré à l’étape de Saint-Romain-la-Motte s’attarde longuement sur la magnifique « redécouverte » du Petit Musée. Ces pages constituent la première divulgation autorisée par la famille du vigneron créateur. Prudemment, aucune mention du lieu d’implantation n’est stipulée. Mais, en coulisses, le mouvement est lancé. Des visites de spécialistes se succèdent qui confirment l’opinion générale. Le Conseil municipal de Saint-Romain-la-Motte se rend en délégation sur le site, découvre l’étrange beauté de ce temple dédié aux valeurs de Liberté, Égalité, Fraternité, et le juge digne d’être rendu à l’admiration du plus grand nombre, à l’édification des plus jeunes. Un projet de musée est ébauché, impliquant un déplacement de la bâtisse, sa relocalisation au centre du village, afin d’en assurer la sécurité et de l’ouvrir aux futurs visiteurs.

C’est alors qu’une restauratrice des monuments historiques, Colette Brussieux, est sollicitée pour donner son avis sur l’ampleur de la restauration. À son tour, elle tombe sous le charme de l’univers de Martelanche, de sa volonté de participer à la construction d’un avenir meilleur. Certes, elle confirme d’emblée la valeur de cet ensemble unique, mais son verdict est formel : si les œuvres ne sont pas déplacées dans les plus brefs délais, mises hors gel et hors d’eau, il ne sera même plus la peine de s’agiter pour vouloir sauvegarder quoi que ce soit. Par respect pour cet héritage arraché à la nuit de l’oubli, Colette Brussieux s’engage à diriger deux sessions de dépose des pièces. Gabriel Boucher repère et aménage un « lieu sûr », ventilé, à température constante. Avec l’aide de toute la famille Boucher, les œuvres de Pierre Martelanche sont transférées au cours d’une semaine au mois de novembre et d’une autre en décembre 2012 : toutes dépoussiérées, désignées, répertoriées, décrites sous l’autorité de la restauratrice. Puis photographiées sous tous les angles par Viviane Lièvre. Et enfin, déplacées et réinstallées à l’abri.

Un film sur le travail de Martelanche est en cours. Le réseau des relations et amitiés opérant, l’annonce d’une nouvelle étoile dans le monde de l’Art Brut parvient aux oreilles de Philippe Lespinasse, cinéaste connu pour ses reportages à « Thalassa » et « Faut pas rêver », documentariste lié au Musée de Lausanne, point de référence européen de l’Art Brut. Lespinasse a déjà réalisé une quinzaine de films pour la prestigieuse institution suisse. En décembre 2012, il se joint à l’équipe de sauvetage des œuvres de Martelanche et profite des jours de transfert pour tourner un document sur le vigneron humaniste. Le regard du cinéaste, pourtant habitué à traquer les créateurs insolites aux quatre coins du monde, confirme encore une fois l’importance de la découverte. « Un événement rare ! »

La venue d’un expert. C’est grâce à Philippe Lespinasse que le Petit Musée reçoit, également en décembre 2012, la visite de Laurent Danchin, considéré comme un des plus éminents spécialistes des Arts Brut et Singulier en Europe. Critique d’art et conférencier, Laurent Danchin collabore avec le Musée d’Art Brut de Lausanne aussi bien qu’avec la Halle Saint-Pierre à Paris, centre des arts modestes en France. Il anime un site de référence sur la toile, Mycelium : <http://www.mycelium-fr.com/#/noel-2012/4194402&gt; et participe à la revue internationale Raw Vision. Laurent Danchin déclarera devant la caméra de Philippe Lespinasse l’importance de l’œuvre de Martelanche, « autodidacte éclairé », habité jusqu’à l’obsession par le désir de transmettre sa volonté de paix et d’instruction pour le monde. Il attirera l’attention à la fois sur la beauté plastique des constructions et sur la rareté du matériau, l’argile, très peu utilisé par les créateurs d’Art Brut, car l’usage de la terre, modelée puis cuite, demande une initiation technique que bien peu d’artistes populaires furent en mesure d’acquérir. Laurent Danchin dès janvier 2013 témoigne sur le site de Mycelium du retour à la lumière des œuvres de Martelanche, afin d’informer le réseau international des amateurs de ce territoire de l’Art. Car les phases de restauration et d’élaboration d’un musée ont besoin préalablement d’une reconnaissance nationale et internationale.

Un musée d’Art Brut a intérêt à être associé à une action sociale. C’est la préconisation de Laurent Danchin qui s’appuie sur les expériences britanniques en ce domaine. Ce conseil nourrit la réflexion. Il se trouve que la municipalité de Saint-Romain-la-Motte vient d’acquérir un terrain sur lequel se dresse une dépendance de ferme de 182 m2 au sol, bénéficiant d’un étage de 85 m2. Cette construction de caractère a l’avantage de se situer entre l’école primaire et la future résidence pour personnes âgées, MARPA. Cette bâtisse, orpheline de projet, se voit soudain investie d’une importance stratégique : elle permet d’établir la préfiguration du musée Martelanche en l’incluant dans une perspective sociale. La construction serait partagée en trois espaces : le premier servira de salle d’exposition. Le second à une mise en scène des idées avancées par Martelanche à partir de son œuvre en vue de rencontres pédagogiques. La troisième pièce deviendra un atelier « partagé » pour des initiations à l’art de la terre, modelage et sculpture, grâce aux compétences d’un professionnel. Le terme « partagé » indique que l’atelier sera ouvert de manière privilégiée aux élèves de l’école primaire et aux résidents de la maison de retraite, puis, aux autres heures disponibles, aux habitants du village de Saint-Romain et de la Côte Roannaise. L’objectif serait de faire de cet atelier partagé un centre de référence, lié au futur musée des œuvres en terre cuite de Pierre Martelanche.

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